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THEMA: Poète... vos papiers !

Poète... vos papiers ! 24 Dez 2014 16:00 #1

Un autre coin du coin francophone pour découvrir ou redécouvrir des poèmes et des poètes et poétesses.

Fragiles clartés (fragment)

1

Matin gris matin bleu
quand la brume ensorcelle
un frêle bouquet d'arbres
une étendue de joncs
— quand le premier dégel
lentement prudemment
desserre son étreinte.

2

Entre mes mains
— après nuit d'épouvante —
parmi feuilles de fougères recueillies :

quelques gouttes d'eau
sur son visage déposées
— pour prix de quel fragile sourire ! —
un peu de rosée
à ses paupières fatiguées.

3

Matin gris matin mauve
où les saules peu à peu
sur l'île silencieuse
prennent douce couleur fauve

Matin blanc matin de printemps
où une mésange dans les branches
aux premières faveurs de l'an
fait offrande de son chant.

4

Il y avait eu ces jours
sans âme ni désirs
il y avait eu
toutes ces heures
sans poids ni saveur

Or voici un matin de juin
(ou de mars aussi bien)
soudain devenu
jour de joie
— chiffre d'un nouvel amour.



5

Matin vert matin rose

lavées désormais de toute absinthe
autrefois amères
les eaux
se font limpides et fraîches

Matin rose matin clair
où la montagne elle-même
dans l'air transparent
paraît moins lointaine.

"Naissance de la lumière", François Debluë, 2001

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüßen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 25 Dez 2014 14:00 #2

Si ...

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un seul mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser le rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent ;
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

R. Kipling

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Poète... vos papiers ! 29 Dez 2014 06:55 #3

Le Pays

C'est un petit pays qui se cache parmi
ses bois et ses collines ;
il est paisible, il va sa vie
sans se presser sous ses noyers ;
il a de beaux vergers et de beaux champs de blé,
des champs de trèfle et de luzerne,
roses et jaunes dans les prés,
par grands carrés mal arrangés ;
il monte vers les bois, il s'abandonne aux pentes
vers les vallons étroits où coulent des ruisseaux
et, la nuit, leurs musiques d'eau
semblent agrandir encore le silence.

Son ciel est dans les yeux de ses femmes,
la voix des fontaines dans leur voix ;
on garde de sa terre aux gros souliers qu'on a
pour s'en aller dans la campagne ;
on s'égare aux sentiers qui ne vont nulle part
et d'où le lac paraît, la montagne, les neiges
et le miroitement des vagues ;
et, quand on s'en revient, le village est blotti
autour de son église,
parmi l'espace d'ombre où hésite et retombe
la cloche inquiète du couvre-feu.

Charles-Ferdinand Ramuz, "Le petit village"

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüßen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 29 Dez 2014 12:17 #4

(Petite poesie, pleine de fautes grammaticales certainement, mais "autentiquue")

Le vieux visage.

Si on me voit on voit seulement
les rides dans mon visage,
mais tout le reste, mes joies, mes pleurs,
et - souvent - même mes rages
on les voit pas. Personne ne sait
des nuits blanches, des soucis
passés toute seule, en grande tristesse.....
et, pourtant, c'est ma vie.

On ne sait pas les fois que j'ai
pleuré auprès d'une fosse
d'un parent cher, d'un cher ami,
comme vieille femme, ou comme gosse.....

On voit seulement ma "face pénible"
mais tout le reste est invisible.

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Es irrt der Mensch. solang er strebt.

Poète... vos papiers ! 30 Dez 2014 06:35 #5

Très beau poème, Etna.

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüßen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 04 Jan 2015 16:25 #6

Heure occidentale
Scories


Je suis presque un illettré.
Je n'ai jamais pu acheter de livres, seulement en lire chez d'autres, en passant, en diagonale, d'un œil exercé.
Le seul livre que je lis et relis, je le porte en moi, mais son sens ne m'est pas clair. Je ne puis le lire qu'en fermant les yeux. Si je l'ouvre au hasard, je lis la dernière ligne sans comprendre. Il me faut alors recommencer, détacher les images, barboter entre les pots de terre ... C'est un livre haut de mille mètres, ouvert comme une vallée, dans lequel des paysans bêchent patiemment à longueur de journée. Toujours un lac émaille la fin de chaque chapitre. Je m'en imprègne et, en m'éveillant, je suis dans une mare de sueur qu'assèchent d'innombrables pompes hydrauliques posées par des enfants de Lilliput.
Pour sauter d'une page à une autre, il me faut un effort surhumain et, quand les feuilles collent ensemble, les broussailles sont si hautes que je dois me dresser sur la pointe des pieds pour distinguer le paysage.
Commence alors une lutte acharnée ! Se frayer un passage en brisant des arbustes, en glissant de roseau en roseau, un briser de cils épineux, un faire craquer les branches aux gueules de fauve et, sur un tapis de feuilles séchées, un crescendo d'avoir envie de s'en sortir, pêle-mêle et sans faire attention au terrain qui s'effrite.
L'aube met un terme à la chute et, quand j'ouvre les yeux, je me retrouve assis entre deux paragraphes. Je me bâtis une maison de retraite à l'abri dans un livre que personne ne veut lire.
Je suis un illettré car les livres sont chers.
Je plains ceux qui ont des livres et n'ont pas d'yeux pour lire.

Lorenzo Pestelli (1935-1977), "Le long été", 1971

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüßen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 10 Jan 2015 08:00 #7

Le retour

Nous sommes revenus
L'un d'entre nous chantait :
Celui qui devait mourir !

La résine des jours collait aux mains
Et quand nous saluions l'azur
Nos bras se levaient tous ensemble.

Etendus sur les prés, les draps
Gardaient le souvenir du sang des femmes
Et de l'ardeur des corps liés.

Nous dérivions vers le couchant
Dans l'étagement des soirs posés
Sur le temps immobile.

Jean-Georges Lossier , "Du plus loin", 1966

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüßen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 24 Jan 2015 09:27 #8

Maison du soir

À pas lents nous irons
vers la maison du soir
où brillent les olives
où les poissons eux-mêmes
après leur mort revivent
Où l'huile a la douceur
et l'éclat de l'enfance
On reverra ceux-là
qu'on avait tant aimés
partager le repas
La nappe sera blanche
Le pain sera coupé
par des mains fraternelles
Le vin par toi versé
On entendra dans l'ombre
les cigales se taire
Un oiseau bleu voler
Et le sel de la nuit
versera sur nos plaies
un peu d'éternité

Georges Haldas, "Un grain de blé" dans l'eau profonde", 1982

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüßen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 26 Jan 2015 14:32 #9

Je chante pour passer le temps

Je chante pour passer le temps
Petit qu’il me reste de vivre
Comme on dessine sur le givre
Comme on se fait le coeur content
A lancer cailloux sur l’étang
Je chante pour passer le temps

J’ai vécu le jour des merveilles
Vous et moi souvenez-vous-en
Et j’ai franchi le mur des ans
Des miracles plein les oreilles
Notre univers n’est plus pareil
J’ai vécu le jour des merveilles

Allons que ces doigts se dénouent
Comme le front d’avec la gloire
Nos yeux furent premiers à voir
Les nuages plus bas que nous
Et l’alouette à nos genoux
Allons que ces doigts se dénouent

Nous avons fait des clairs de lune
Pour nos palais et nos statues
Qu’importe à présent qu’on nous tue
Les nuits tomberont une à une
La Chine s’est mise en Commune
Nous avons fait des clairs de lune

Et j’en dirais et j’en dirais
Tant fut cette vie aventure
Où l’homme a pris grandeur nature
Sa voix par-dessus les forêts
Les monts les mers et les secrets
Et j’en dirais et j’en dirais

Oui pour passer le temps je chante
Au violon s’use l’archet
La pierre au jeu des ricochets
Et que mon amour est touchante
Près de moi dans l’ombre penchante
Oui pour passer le temps je chante

Je passe le temps en chantant
Je chante pour passer le temps

Louis Aragon,

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Poète... vos papiers ! 31 Jan 2015 08:09 #10

Pour faire le portrait d'un oiseau

Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
Peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau.
Placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger ...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider.
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau.
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau.
Peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter.
Si l'oiseau ne chante pas
c'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer.
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques Prévert, Paroles

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüßen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 01 Feb 2015 07:36 #11

Il fait froid

L'hiver blanchit le dur chemin
Tes jours aux méchants sont en proie.
La bise mord ta douce main ;
La haine souffle sur ta joie.

La neige emplit le noir sillon.
La lumière est diminuée...
Ferme ta porte à l'aquilon !
Ferme ta vitre à la nuée !

Et puis laisse ton coeur ouvert !
Le coeur, c'est la sainte fenêtre.
Le soleil de brume est couvert ;
Mais Dieu va rayonner peut-être !

Doute du bonheur, fruit mortel ;
Doute de l'homme plein d'envie ;
Doute du prêtre et de l'autel ;
Mais crois à l'amour, ô ma vie !

Crois à l'amour, toujours entier,
Toujours brillant sous tous les voiles !
A l'amour, tison du foyer !
A l'amour, rayon des étoiles !

Aime, et ne désespère pas.
Dans ton âme, où parfois je passe,
Où mes vers chuchotent tout bas,
Laisse chaque chose à sa place.

La fidélité sans ennui,
La paix des vertus élevées,
Et l'indulgence pour autrui,
Eponge des fautes lavées.

Dans ta pensée où tout est beau,
Que rien ne tombe ou ne recule.
Fais de ton amour ton flambeau.
On s'éclaire de ce qui brûle.

A ces démons d'inimitié
Oppose ta douceur sereine,
Et reverse leur en pitié
Tout ce qu'ils t'ont vomi de haine.

La haine, c'est l'hiver du coeur.
Plains-les ! mais garde ton courage.
Garde ton sourire vainqueur ;
Bel arc-en-ciel, sors de l'orage !

Garde ton amour éternel.
L'hiver, l'astre éteint-il sa flamme ?
Dieu ne retire rien du ciel ;
Ne retire rien de ton âme !

Victor Hugo

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Poète... vos papiers ! 07 Feb 2015 14:44 #12

pas vraiment un poême: entre fée et fais!


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Poète... vos papiers ! 07 Feb 2015 15:28 #13

Irène, je t'avoue que j'en ai ri aux larmes...

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Poète... vos papiers ! 08 Feb 2015 11:19 #14

  • Papyroutier
  • Papyroutiers Avatar
*~*~*Autrefois il y avait moi.*~*~*



Autrefois il y avait moi
Maintenant il y a encore moi
Ce n’est pas un autre moi
C’est un moi un peu différent
Qui voit la vie autrement
Plus sensible aux choses simples de la vie

Un moi qui suit le couloir du temps
Ni trop vite ni trop lent

Un moi avec une vision différente
Moins critique, plus ouverte
Autrefois il y avait moi
Maintenant il y a encore moi

Un moi qui chéri chaque saison
Chaque jour, chaque minute avec raison
Un moi qui comprends : aimer
Complice de mes sentiments troublés

Un moi qui parfois gère des émotions en mutinerie
Qui ai appris à lâcher prise avec accalmie
Un moi qui se redresse avec courage
Qui brave les tempêtes et les orages

Autrefois il y avait moi
Maintenant il y a encore moi

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Poète... vos papiers ! 08 Feb 2015 15:07 #15

Papyroutier, vous avez omis de préciser que c'est du copié/collé !
www.frizou.org/...s/13/8-moi.html

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