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THEMA: Poète... vos papiers !

Poète... vos papiers ! 08 Jul 2019 04:46 #271

Si les poètes étaient moins bêtes, extrait de Je voudrais pas crever, Boris Vian

Si les poètes étaient moins bêtes
Et s'ils étaient moins paresseux
Ils rendraient tout le monde heureux
Pour pouvoir s'occuper en paix
De leurs souffrances littéraires
Ils construiraient des maisons jaunes
Avec des grands jardins devant
Et des arbres pleins de zoizeaux
De mirliflûtes et de lizeaux
Des mésongres et des feuvertes
Des plumuches, des picassiettes
Et des petits corbeaux tout rouges
Qui diraient la bonne aventure
Il y aurait de grands jets d'eau
Avec des lumières dedans
Il y aurait deux cents poissons
Depuis le croûsque au ramusson
De la libelle au pépamule
De l'orphie au rara curule
Et de l'avoile au canisson
Il y aurait de l'air tout neuf
Parfumé de l'odeur des feuilles
On mangerait quand on voudrait
Et l'on travaillerait sans hâte
A construire des escaliers
De formes encor jamais vues
Avec des bois veinés de mauve
Lisses comme elle sous les doigts

Mais les poètes sont très bêtes
Ils écrivent pour commencer
Au lieu de s'mettre à travailler
Et ça leur donne des remords
Qu'ils conservent jusqu'à la mort
Ravis d'avoir tellement souffert
On leur donne des grands discours
Et on les oublie en un jour
Mais s'ils étaient moins paresseux
On ne les oublierait qu'en deux.

Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 15 Jul 2019 04:51 #272

XIV, extrait de Chansons captives • Petites chansons, p. 115, Henry Spiess

La Seine, nocturne et diverse,
glisse avec ses reflets mouvants
des feux rouges et des feux blancs.
L'heure est trouble et il pleut à verse.

Ces lueurs, ces lueurs qui tremblent,
sont un peu de mon âme en rêve.
Que l'heure est longue ! J'ai la fièvre ;
et j'attends sur le Pont au Change.

On voit la clarté des théâtres...
Le bonheur de ces gens qui vont,
n'est pas d'attendre au bout d'un pont...
Ah ! que l'heure passe et se hâte !

L'asphalte brille. Il fait grand vent ;
et ce vent c'est encor moi-même,
qui regarde glisser la Seine
avec tous ses reflets mouvants.

Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 22 Jul 2019 04:51 #273

Le miroir extrait de Poèmes Chan de WANG FAN ZHI (590-660) (traduction de Jacques Pimpaneau)

Que l'homme s'en aille et l'image le suit,
Qu'il revienne et l'image avec lui devient claire.
Toute image voudrait s'accrocher au miroir,
Mais l'homme n'est pas que le désir d'image.
Quand miroir et image, l'un et l'autre s'en vont,
Où se loge la vie ? Où a-t-elle disparu ?

Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 22 Jul 2019 09:25 #274

Aube
Un invisible oiseau dans l'air pur a chanté.
Le ciel d'aube est d'un bleu suave et velouté.

C'est le premier oiseau qui s'éveille et qui chante.
Écoute ! les jardins sont frémissants d'attente.

Écoute ! un autre nid s'éveille, un autre nid,
Et c'est un pépiement éperdu qui jaillit.

Qui chanta le premier ? Nul ne sait. C'est l'aurore.
Comme un abricot mûr le ciel pâli se dore.

Qui chanta le premier ? Qu'importe ! On a chanté.
Et c'est un beau matin de l'immortel été.

Cécile Périn 1877

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Poète... vos papiers ! 22 Jul 2019 09:55 #275

Merci Rosemarie de m'avoir fait connaître cette poétesse ! :)

Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

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Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 29 Jul 2019 05:55 #276

Heureux qui comme Ulysse ... extrait de Regrets de Joachim Du Bellay

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux
Que des palais Romains le front audacieux ;
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.

Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 05 Aug 2019 04:30 #277

Expansions, extrait de Toi et moi, Paul Géraldy

Ah ! je vous aime ! je vous aime !
Vous entendez ? Je suis fou de vous. Je suis fou…
Je dis des mots, toujours les mêmes…
Mais je vous aime ! Je vous aime !…
Je vous aime, comprenez-vous ?
Vous riez ? J’ai l’air stupide ?
Mais comment faire alors pour que tu saches bien,
pour que tu sentes bien ? Ce qu’on dit, c’est si vide !
Je cherche, je cherche un moyen...
Ce n’est pas vrai que les baisers peuvent suffire.
Quelques chose m’étouffe, ici, comme un sanglot.
J’ai besoin d’exprimer, d’expliquer, de traduire...
On ne sent tout à fait que ce qu’on a su dire.
On vit plus ou moins à travers des mots.
J’ai besoin de mots, d’analyses !
Il faut, il faut que je te dise…
Il faut que tu saches… Mais quoi !
Si je savais trouver des choses de poète,
en dirais-je plus, réponds-moi,
que lorsque je te tiens ainsi, petite tête,
et que cent fois et mille fois
je te répète éperdument et te répète
Toi ! Toi ! Toi ! Toi ! …

Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 12 Aug 2019 06:24 #278

Tu dors tête claire, extrait de Bataille dans l'air de Jacques Chessex

Le vent parle dans la toison brouillée
D'un arbre au front d'argent qui brille,
Un tilleul jeune au seuil de l'ombre
Comme une fille bouclée.

La vie a le goût de pomme et de miel.
Ô rivière multipliée
Dans la clarté d'une bouche aimée
Mieux que l'aurore et le ciel.

*

Tu dors tête claire,
Ton rêve est la fraîche rivière entre les feuilles,
Ô miroir matinal, buée verte,
Tu viens sous le lierre et le vent
Comme une maison douce pour vivre ...

Sans chemin, sans retour la porte s'ouvre,
C'est un mur clair qui se donne,
Une eau s'endort avec le miel de la lumière,
Les chambres sont des forêts ensoleillées
Et les vitres des brumes blanches.

Le matin penche comme une fougère,
J'écoute au loin les cascades tomber.
Ton souvenir est une voix légère,
L'air se partage avec l'éternité.

Je suis un cerf debout sous les feuillages,
Ta bouche a fraîchi douce entre mes lèvres,
L'appel du vent caresse ton visage,
Tu trembles comme une branche dans son rêve.

Ô sommeil, toile immobile dans ma tête!
Je marche près des haies blanches, je salue l'ombre,
L'ange léger s'envole avec le vent,
Les rochers brillent dans l'air comme des voiles .

*

Sous l'écorce légère du temps
Le ver mange le fruit blanc,
L'oiseau boit à la feuille ouverte
Comme une oreille attentive,

La pluie lèche l'épaule de feuillage,
La douce poitrine ailée
Où se mêlent les sourires
De la lumière et des sources.

L'araignée dans le bois
Voit luire des larmes, des lampes.
Ô fraîcheur de rivière
Pour la gorge et les lèvres,
Ô clair sommeil du lierre,
Mort blanche comme un lièvre.

Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

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Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 19 Aug 2019 05:45 #279

Rosemarie, tu as mis il y a quelque temps dans ce sujet un poème de Cécile Périn, je viens d'en retrouver un autre de ces poèmes et qui me parle ... La vie n'est qu'un labyrinthe dans le quel il faut avoir la chance ou le courage de trouver le bon fil qui mène là où on le souhaite dans ce dédale qu'est la vie ... Oui, mais où est le fil à suivre ?

Dans le labyrinthe extrait de Les ombres heureuses

Je ne veux désormais que l'ombre et la douleur.
Pour que vers mon ami je marche plus légère,
De tout ce qui fut doux j'ai dépouillé mon cœur
Tout palpitant encor de bonheurs éphémères.

Mon compagnon n'a plus de mains. J'ai les mains vides.
Mon compagnon n'a plus de voix. Et je me tais.
J'erre seule, attendant que son amour me guide
Dans l'étroit labyrinthe ainsi qu'un fil secret.

Mais je n'ai que mes doigts de chair pour m'agripper
Dans la nuit ténébreuse à sa forme immortelle,
Et je n'ai que mon front pesant pour m'appuyer
Comme un enfant perdu sur l'épaule irréelle.

Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

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Cordialement.
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Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 26 Aug 2019 05:26 #280

Une rose encore..., L'automne en flammes, Elizabeth Borione

Baisers perdus, chimères caressées,
Rêve d’un jour que voit mourir le soir,
Vous deveniez l’âme de mes pensées
Et les regrets me tenaient lieu d'espoir.

Mais d’une rose au creux de ma tendresse
Naît un parfum que je veux retenir,
Et tu sais bien qu’on garde sa jeunesse
Tant que fleurit un nouveau souvenir.

Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

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Jean-Pierre

Poète... vos papiers ! 02 Sep 2019 05:21 #281

Déclin, extrait de Sébastien en rêve de Georg Trakl, Traduction Jacques Busse
A Karl Borromaeus Heinrich

Au-dessus de l’étang blanc
Les oiseaux sauvages se sont enfuis.
Dans le soir souffle de nos étoiles une brise glaciale.

Au-dessus de nos tombes
S’incline la face brisée de la nuit.
Sous les chênes nous balançons dans une barque d’argent.

Toujours tintent les murs blancs de la ville.
Sous des arcs de ronces
Ô mon frère nous grimpons guides aveugles vers minuit.


Texte original : Untergang, Sebastian im Traum, Georg Trakl
An Karl Borromaeus Heinrich

Über den weißen Weiher
Sind die wilden Vögel fortgezogen.
Am Abend weht von unseren Sternen ein eisiger Wind.

Über unsere Gräber
Beugt sich die zerbrochene Stirne der Nacht.
Unter Eichen schaukeln wir auf einem silbernen Kahn.

Immer klingen die weißen Mauern der Stadt.
Unter Dornenbogen
O mein Bruder klimmen wir blinde Zeiger gen Mitternacht.

Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre

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Cordialement.
Mit freundlichen Grüssen

Jean-Pierre
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